Il nous aurait fallu des pierres
des pierres des pierres des pierres
de l'alcool pour brûler nos maisons
des genoux pour hurler nos prières
du temps pour blanchir nos raisons
des pierres des pierres des pierres
des nerfs pour y plonger les doigts
c'est trop chaud
bouillante écume de ton cœur
des dents sous le rouge à lèvres
des chiens noyés qui s'étonnent
s'arc envoûter jusqu'à plus fièvre
pas fiers d'un courage de santons
oh Anton le poids d'injustice
(je t'appelle Anton - trois sous
- une misère)
il a déchiré mon front
je suis restée muette devant l'oiseau
comme quand tes yeux en sourdine marteaux
muette une feuille fêlée
je nie ton gros prénom rieur
la chaleur est notre unique courroie
cordon de nos mains effilé
et nos vélos ont des roues de fortune
des pierres des pierres des pierres
ce que je sentais ricoche
rouille et se perd
mon vieil Anton tu es tout terne
reprends de notre alcool
le verre n'a plus ton sourire
il est jaloux le verre de ce grand personnage
qui dort avec mon écharpe
la tête sur mon sac-à-dos
les yeux ébouriffés
le soleil lui pardonne tous ses mensonges
minutieusement
et j'ai lu tous ces livres qui me parlaient de toi dans une autre langue
et je les ai aimés
et je les ai paumés
et il ne reste rien qu'un peu de cendre
la bave sur ta cigarette
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